Désigner les différents styles de Kenpô n’est pas chose facile vue le grand nombre de styles existants. Cependant, voici une liste non-exhaustive des plus connues.
Le Kenpô est présent de par le monde, chaque branche possède une histoire qui lui est propre, mais toutes ont pour racine Okinawa, et se retrouvent sous la tutelle d’un Maître d’exception, Maître Motobu Chôki (1870-1944).
Motobu-Ha-Koshô-ryû-Kenpô - Motobu Chôki (1870-1944)
La personnalité du Maître est une des plus controversée de l’histoire contemporaine des Arts Martiaux d'Okinawa.
Naissance de l’enfant prodige
Motobu Chôki naît en 1870 à Shuri, dans une famille noble, réputée pour ses experts en Arts Martiaux. Il est le troisième fils, son frère aîné Chôyû Motobu reçoit l’éducation d’héritier de la famille.
Chôki n’a pas l’occasion de recevoir une éducation importante, mais ce qui l’attire depuis son enfance, c’est l’art du combat. Pour recevoir l’enseignement d’un Maître, il lui fallait une demande de sa famille, que cette dernière ne fit pas, car elle concentrait toute son attention sur le fils aîné.
Le style de combat de la famille Motobu se nomme “Go-Ten-Te” ou “Motobu-Te” ou “ Udon-Te” et avait été élaboré par un ancêtre de la famille, Motobu Chôhe. Par la suite Motobu Chôki aurait été initié au style de la famille par son père et son frère, mais un doute subsiste car l’enseignement restait secret et n’était en général dispensé qu’à l’aîné de la famille.
Une formation complexe
Motobu Chôki est un jeune homme robuste et combatif qui commence à apprendre à se battre en regardant les autres se battre. Il se fabrique un makiwara, et s’entraîne seul en le frappant quotidiennement.
Adolescent il commence à rôder la nuit dans les quartiers du plaisir, les combats y sont fréquents. Il commence à défier toute personne susceptible de lui apporter quelque technique que ce soit. Il acquiert une agilité remarquable, il est rapide à la course, effectue des bonds extraordinaires, c’est pourquoi on le surnomme “Motobu Saaru” (Motobu le singe). Motobu se forme donc à l’école de la rue.
Chaque fois qu’il frappe à la porte d’un Maître il est refusé, seul Maître Kosaku Matsumura finit par l’accepter en raison de sa volonté d’apprendre le Karaté authentique. Ce Maître de Karaté de courant Tomari-Te s’étonne du niveau auquel il est parvenu seul, il lui apprend les kata Naifanchi et Passai.
Motobu Chôki insiste pour apprendre les techniques de combat, mais Maître Kosaku Matsumura refuse, car il se méfie, se rappelant le but de Motobu Chôki : devenir le meilleur combattant des Ryû-Kyû.
Puis, Motobu Chôki deviendra également, le disciple des Maîtres de Karaté Matsumura Sokon et Itosu Yasutsune et de Maître Tokumine Peichin, dont la réputation de combattant était déjà solidement établie à Okinawa.?Tokumine transmettra à Motobu le maniement du bâton (Bô-Jutsu) et un style particulier de Kenpô. Doué d’une force physique exceptionnelle et particulièrement agressive, il recherche et multiplie les affrontements réels.
Jusqu’à un âge avancé, ce dernier continue de combattre et se distingue des autres adeptes par une position plus haute pour les parades comme pour les attaques. Cette position lui vient directement de son expérience du combat : pour frapper, il fait partir son poing de la hauteur de la poitrine, tandis que les autres le placent au-dessus de la hanche.
Motobu-Ha-Koshô-ryû-Kenpô
Peu avant l’année 1900, Motobu Chôki, alors âgé d’une trentaine d’années, commence à désigner son style personnel sous le nom de Motobu-ryû-Kenpô (Motobu-Ha-Koshô-Ryû-Kenpô).
Son style se différencie par des positions plus naturelle, une garde de combat haute, il aime le corps à corps, utilise des attaques dures et violentes, des blocages durs puis plus souples, des luxations et des projections.
Les kata du Motobu-Ryû-Kenpô, s’attachent à l’étude des Naifanchi et Passai, qui lui viennent de Maître Kosaku Matsumura.
Après son installation au Japon dans les années 1920, sa réputation de combattant hors pair se développe, suscitant jalousies et commentaires dédaigneux. Il ne serait qu’une brute inculte, au style rudimentaire.
En fait il fut un maître dur et autoritaire mais passionné et précis, enseignant un art complet et efficace.
Les défis de Motobu
En 1921, Motobu Chôki s’installe à Osaka où il n’a que peu d’élèves, et après quelques années, il monte à Tokyo.?Il commence à enseigner, mais la tâche de Motobu est difficile.?
L’année de son arrivée, en 1921, Motobu relève avec succès un défi public qui l’oppose à un champion de Boxe Anglaise dénommé Georges.
Le public Japonais découvre pour la première fois le Karaté d’Okinawa et un article est écrit en 1925 dans la revue “King” qui était une des plus populaires du Japon à cette époque.
Motobu Chôki est alors âgé de cinquante et un ans, il n’eut pas le droit d’utiliser ses poings et ses pieds, seulement celui de frapper avec les paumes de la main, il fit face au boxeur et prit une garde haute, main gauche devant et main droite près de la joue droite. Georges, expert en boxe, découvre alors avec stupeur que cette garde ne présente aucun point faible. Georges, tourne autour de Motobu, en faisant tourner ses poings. De son côté Motobu attend passivement, Georges recule, puis lance de toutes ses forces un direct du droit au visage, et, au moment où le visage semble être écrasé, son bras avant bloque l’attaque et envoi avec la rapidité d’un éclair, une frappe de la paume de la main à la base du nez. Ce coup donné de bas en haut, met K.O. Georges, qui tombe comme un morceau de bois à terre, ayant reçu le coup sur un point vital.(d’après Tokitsu Kenji, “Histoire du Karate-Do”, paru aux Editions S.E.M.) .
Les Disciples de Motobu Chôki
À partir de 1925, la réputation martiale de Motobu est solidement établie, en 1926 il écrit et publie un livre intitulé : “Okinawa-Kenpô-Karate-Jutsu”.
Motobu aura de nombreux disciples qui créeront eux-mêmes leur propre style de Karaté ou de Kenpô mais il n’eut aucun successeur officiel.
Deux d’entre eux deviendront des maîtres respectés : Nakamura Shigeru (1892 - 1969), fondateur de l’Okinawa Kenpô et James Mitose-Masayoshi (1915-1981), fondateur du Kosho-Shorei-Ryu Kenpô,
Et Otsuka Hironori (1892 - 1982) fondateur du Wadô-ryû. (d’après Patrick Lombardo, “Kenpô, Fragments d’une Histoire Inconnue”.
Okinawa Kenpô - Nakamura Shigeru (1892-1969)
Jusqu’en 1921, date du départ de Motobu pour le Japon, Nakamura Shigeru étudie avec le maître du Kenpô. Il en gardera la passion du combat libre.
Après avoir suivi l’enseignement de différents maîtres, dont celui de son père (Nakamura Keikichi) et celui de ses oncles (Nakamura Teiichi et Shinkichi) il crée son dojo en 1940. Détruit pendant la guerre, il est reconstruit en 1953. Nakamura décide alors d’adopter un terme unificateur pour les écoles de combat de l’île : l’Okinawa Kenpô.
Maître Nakamura est alors réputé pour la puissance de ses coups et son efficacité. Il refuse le modèle japonais du non contact qui se développe alors dans le karaté.
En 1968 il appelle ses compétitions à frappes réelles : Full Contact Kenpô.
Il eut de nombreux disciples qui poursuivirent la réputation d’efficacité du Kenpô Okinawaien. Ainsi Joe Lewis, plusieurs fois champion du monde de karaté (du «sportif» au plein contact ) déclare que les écoles d’Okinawa sont les meilleures du Monde et qu’il y a découvert «la véritable philosophie du combat et la véritable efficacité» .
Kosho-Shorei-Ryu Kenpô - James Mitose (1916-1981)
Fondateur de la branche Hawaïenne du Kenpô, le Maître Mitose est issu d’une vieille famille japonaise immigrée aux îles Hawaï. Il retourne au Japon dans les années 20 avec ses parents. Il étudie d’abord la tradition martiale de son clan avant de devenir le disciple de Motobu dans les années 20. Lorsque ce dernier retourne a Okinawa, Mitose rentre à Hawaï. Il est citoyen américain.
Il commence à enseigner à Honolulu sa propre méthode, qu’il nomme Ju-Jutsu Kenpô.
En 1941, après l’attaque de Pearl Harbour, Mitose choisit le camp américain contre le Japon de son enfance et de sa famille. Parallèlement il fonde un nouveau style de Kenpô, qu’il appelle Kosho-Shorei-Ryû Kenpô (style du vieux pin). Jusqu’en 1953 il formera ses élèves dans l’île. Cinq seulement deviendront ceinture noire, dont William Kwai-Sun Chow.
En 1953 il s’installe en Californie et se convertit au christianisme. Son enseignement, marqué dès le départ par une grande intégrité morale, attire dès lors de véritables fanatiques. Le charisme de Mitose en fait un guide spirituel.
Si bien que losqu’un de ses élèves est impliqué dans une sombre affaire de meurtre, le Maître est condamné aux travaux forcés à perpétuité. Il mourra mystérieusement en prison en 1981.
L’actuel grand maître du Kosho-Shorei-Ryû Kenpô est Thomas Barro Mitose (le fils de James Mitose). Un autre expert reconnu du Kosho-Shorei-Ryu Kenpô est Bruce Juchnik qui créa et nomma son propre style Kosho-Shorei-Ryu Kenpô.
L’Hawaiien Kenpô - WKS Show (1914 - )
Élève de James Mitose, WKS Show crée l’Hawaiien Kenpô. D’origine chinoise, il est né à Honolulu en 1914. Il a une jeunesse bagarreuse. S’il pratique le Ju-Jitsu, le Karaté, le Sumo, la Lutte et la Boxe Anglaise, ses préoccupations ne sont pas sportives: son terrain d’action est la rue.
A 28 ans il devient l’élève de Mitose dont il est la première ceinture noire. Il travaille et étudie aussi l’école de sa famille basé sur l’étude des cinq animaux Chuan Fa de sa famille. Il ouvre ensuite son propre Dojo et baptise son style Hawaian Kenpô (ou Hawaian Kenpô Karaté).
WKS Show s’inscrit dans la grande tradition du Kenpô, à la fois innovatrice et créatrice mais surtout dont la vocation est l’efficacité en combat réel.
Moins hermétique et spirituel que celui de son Maître Mitose, le Kenpô de WKS Show eut de glorieux continuateurs tant à Hawaï que sur le continent américain. Ses élèves poursuivirent ses recherches, toujours en insistant sur le combat réel et l’efficacité:
Adriano Emperano avec le Kajukenbo Kenpô, Ralph Castro avec le Shaolin Kenpô, Samuel Alome Kuoha avec le Kara-ho Kenpô ou encore Ed Parker aux USA.
Le Kenpô va alors se développer, et se diversifier intégrant notamment l’Eskrima philippine. Cependant se réclamer du Kenpô, c’est se réclamer d’un style dur, martial. Ce qui souvent n’est pas sans effrayer les disciples d’autres écoles d’art martiaux.
Le Maître actuel de l’ Hawaian Kenpô est Sam Alama Kuoha.
American Kenpô ou Ed Parker Kenpô - Ed Parker (1931-1991)
Ed Parker est incontestablement le Maître de Kenpô le plus connu au monde.
Le père du Kenpô américain est né à Honolulu en 1931. Il pratique d’abord la Boxe et le Judo avant de recevoir l’enseignement de WKS Show. Il est ceinture noire en 1951.
Au cours des années 50 il part pour les Etats-Unis où il ouvre plusieurs Dôjô. Il élabore son propre style qu’il nomme American Kenpô.
En 1960 il rencontre Elvis Presley, c’est le point de départ d’une formidable réussite commerciale. Par son Aura, ses entrées à Hollywood et son argent, le King va assurer le développement du style de Parker.
Sur le plan martial, Parker eut plusieurs disciples dont le célèbre Dan Innocento et surtout Larry Tatum, qu’il considère comme son meilleur élève, son véritable successeur.
Son style se caractérise par une multitude de techniques et se réclame de la même finalité que le Kenpô : L’efficacité en combat réel. Cependant peu de ses élèves s’imposeront comme des combattants véritables.
Le Kenpô américain ne se limite pas à la personnalité d’Ed Parker. Des compétiteurs d’exceptions comme Scott Loring ou Joe Lewis imposèrent leur Kenpô sans concession sur les tatamis américains et mondiaux.
De même Nick Cerio, qui reçu son cinquième Dan des mains de WKS Show, créa et développa son propre style de Kenpô.
Kenpôkan, l’école
Définition de Kenpôkan :
Le terme Kenpô, veut donc dire : “voie du poing”, “loi du poing”, “méthode de boxe” et le terme Kan, lui veut dire Temple.
Donc Kenpôkan veut dire le temple du Kenpô.
En 1990, le terme “Kenpôkan” désignait le dojo personnel de Patrick Lombardo, puis en 1994 l’Ecole Patrick Lombardo, pour terminer en 1995 par désigner la branche française de Kenpô, regroupant les différentes écoles créées en France.
Le Kenpôkan est le style le plus représenté en France. Il a formé les cadres et les champions passés et présents. Son arsenal technique englobe aussi bien la compétition sportive que l’art martial le plus traditionnel.
Le Premier Responsable National
Patrick Lombardo, a tout d’abord formé la plupart des cadres du Kenpô français. Il a structuré le système, organisé les premières compétitions officielles de Kenpô et a ouvert la voie pour que le Kenpô soit reconnu comme un art martial à part entière et non comme un style de Karaté. En 1997, il abandonne le Kenpô pour créée le Pankido et laisse à Ali Mihoubi, son successeur et l’un de ses plus proches élèves la tache de continuer à développer le Kenpô en France.
Reconnaissance
Le plus important, est que le Kenpô ait été reconnu officiellement par une fédération sportive déléguée par l’Etat, la Fédération Française de Karaté et Arts Martiaux Affinitaires (F.F.K.A.M.A.) . représenté par Monsieur Guy SAUVIN, alors DTN.
Le fait d’être reconnu nous a procuré l’accès à des grades officiels et à des diplômes officiels. Nous avons dû tout de même accepter non sans regret, des changements importants, surtout sur le point des compétitions qui nous démarquaient des autres arts martiaux ou sports de combats.
Le premier passage national de grade Dan F.F.K.A.M.A. eut lieu le 19 novembre 1994, à Paris, et vit la réussite des six candidats issues du Kenpô, les candidats représentant le Kenpô était : Pascal Bernabé, Patrick Chauveau, Lionel Dolla, Alain Fontaine, Ali Mihoubi et Anthony Réa. Le jury était composé de Messieurs Gilbert Gruss, Pierre Montel et Patrick Lombardo.
Art Martial ou Sport de Combat ?
La priorité du Kenpôkan est et reste l’efficacité en combat, que se soit en compétition (donc avec des règles) ou dans la rue.
Le programme technique du Kenpôkan, quel que soit l’école, reste le travail des percussions, projections, étranglements, clés, combats debout, à genoux ou au sol, des Katas, le travail des armes.
Chaque passage de grade ou évolution personnelle du pratiquant est ponctué par une épreuve d’endurance-combats. Lors de ces épreuves, il faut effectuer un nombre bien précis de combats, la durée de chaque combat est de deux minutes.?Le candidat est opposé à des adversaires de grades différents qui ont pour but de l’empêcher de terminer cette épreuve, le but de celle-ci n’étant pas de gagner tous les combats mais de ne pas être mis Hors Combat.
Les Armes
Les techniques d’armes sont très travaillées : elles permettent de prendre confiance en soi, et de voir l’évolution de chacun (l’arme n’étant que le prolongement naturel de la main). Les armes les plus utilisées sont le bâton long (Rokkushaku-bô,1m80), le bâton court (Bô,0m70), les doubles bâtons courts, le Tantô, les doubles Tantô, le Katana*, le Tonfa*, les lances : Yari* et Naginata*, et les armes à chaînes : Kusarigama*, Shoge* (*armes utilisées par Kamikaze-Ryû).
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